Chapitre 22 : Rappels
17 septembre 2008Découvrez Guns N' Roses!
Une autre …
Ils nous réclament une autre chanson.
L'apparition féminine de tout à l'heure m'a troublé. Qui est cette jeune femme que j'ai vu en rêve ? Je me rappelle d'elle comme si c'était hier mais je ne me souviens pas qui, quand et où.
Des coulisses, nous entendons le public nous rappeler. Le groupe que nous remplacions vient nous chercher.
Le chanteur me fixe d'un œil mauvais : « C'est encore à vous, mais c'est la dernière. »
Marc s'approche de moi.
« Alors, tu penses à quoi pour la prochaine ? »
« Encore les Guns. Tu connais Paradise City ? »
« Bien sur. »
« Tu veux chanter ? »
« Pourquoi pas… »
Nous posons nos guitares acoustiques.
Enfin, après tout ce temps, tout ce travail, je joue devant un vrai public.
J'attrape la Les Paul qui trône majestueuse près de moi. Dans les coulisses son propriétaire est furieux. Le chanteur lui somme de se calmer.
Enfin, après toutes ces années, je vais pouvoir montrer de quoi je suis capable.
Je joue quelques notes pour régler le volume.
« Marc, je m'occupe de la mélodie et da la partie solo, ça te va ? »
« Pas de problème, je suis meilleur chanteur que toi de toute façon… »
Nous nous observons, chacun ajuste sa sangle, tiens son médiator bien droit. Une petite pensée furtive pour la demoiselle que je n'arrive pas à oublier.
Cette pensée est rapidement chassée par celle de l'apparition et puis bientôt, un accord gras parcourt toute la salle. C'est le signal.
J'entame la mélodie.
Le batteur du groupe précédent s'installe de lui-même à la batterie. Il rajoutera un peu de poids à notre prestation.
Le premier riff fait trembler le manche de ma guitare. Puis c'est tout le corps qui tremble. C'est bizarre comme sensation, j'ai l'impression que c'est moi qui l'a fait vibrer comme ça et pas le son. Comme si elle réagissait à mes caresses…
Lorsque le riff se répète pour la troisième, le public se lève de lui-même.
Marc et moi redoublons d'effort. J'appuie beaucoup plus sur les accords, essayant de les rendre encore plus incisif.
Le deuxième guitariste, l'un de mes meilleurs amis s'en sort très bien. Sa voix est grave mais ne gène en rien la compréhension et l'interprétation.
Il a hérité d'une Fender Stratocaster noir et ça semble lui plaire.
Nous nous rapprochons encore plus du public.
Le batteur frappe avec plus d'insistance.
Nous reprenons le refrain en cœur. L'assistance chante avec nous.
A chaque fois que je joue un accord, je laisse trainer mon bras en l'air, comme le ferait Keith Richards. Je me sens porté, happé par la musique. Comme une grande vague, un grand courant qui monte en moi.
La première vague me frappe de plein fouet et je ne peux m'empêcher de lever la tête. Le groupe assit devant la scène m'observe incrédule.
Je peux lire dans leur tête : « mais pour qui il se prend celui là ? »
Je leur transmets ma réponse : « Je vais vous montrer »
Le premier solo arrive.
Je me rapproche du bord et je commence à jouer tranquillement, puis plus vite, encore plus vite. Des images du concert du Ritz de New York en 1988 me reviennent en mémoire. Mais je ne vois aucune fille qui se précipite sur scène pour m'embrasser.
Comme Slash, je joue tête baissée, sans regarder le public. Je préfère me concentrer sur le solo.
Je suis la course de mes doigts sur le manche. La bouche ouverte, je sens mes doigts se dégourdir petit à petit. Je vais vite mais je sens que je peux faire encore plus. Mieux vaut se réserver pour la suite.
Je glisse et la dernière note sonne bizarrement. Machinalement je fais faire un mouvement de va et vient à la guitare et le son se met à vibrer. J'adore cet effet.
Devant moi, les gens commencent à bouger. Ils s'amusent, ils prennent du plaisir et c'est ça le plus important.
Nous reprenons le refrain en cœur. Les gens en font de même.
Je force encore plus le rythme et monte le son.
Alors que le premier solo se termine, le chanteur du groupe précédent quitte la salle et vient nous rejoindre sur scène. Il me bouscule légèrement et attrape le micro.
Marc et moi sommes incrédule, il veut chanter : pourquoi pas.
Mon ami lui laisse de bon cœur le soin de chanter, nous pouvons nous consacrer à nos instruments.
Voyant cela, le reste du groupe monte sur scène.
Nous sommes un peu à l'étroit, mais contrairement à ce que je pensais, le groupe de nous dégage pas. Au contraire, il nous laisse une place de choix sur le devant de la scène.
Trois guitares, une basse, une batterie et un chanteur. C'est plus qu'il n'en faut pour animer cette fin de soirée. Le groupe joue bien finalement, il n'avait pas choisi le bon répertoire pour son public.
La salle est maintenant en train de bouger frénétiquement. Ils dansent, ils boivent, ils chantent à tue tête. Parfait !
Le deuxième solo, la partie la plus longue arrive.
Le troisième guitariste s'approche de Marc et moi. Il commence à jouer.
Mon ami m'observe, il me fait un clin d'œil.
Je laisse l'homme seul dans son coin et vais rejoindre Marc pour jouer avec lui.
Je remonte la sangle de ma guitare avec l'épaule. Je sers le médiator encore plus fort dans mes doigts et je fais parler les aigus.
Je commence à avoir mal. Nous n'avons pas l'habitude de jouer aussi longtemps et je me demande si je vais tenir jusqu'au bout.
Le troisième guitariste se rapproche de moi et commence à jouer un arpège de plus en plus vite.
D'accord, tu veux jouer on va être deux.
Je joue le même arpège que lui encore plus, puis je continue sur la même gamme.
Marc reprend le riff de plus en plus vite.
Le guitariste me tourne alors le dos et vient jouer face au public.
Je ne le suis pas. Je continue à jouer de plus en plus vite, puis je me laisse descendre tout doucement vers le plancher de la scène.
Mes yeux se ferment, ma main se bat toute seule face aux cordes. Je ne sais plus ce que je joue, je ne sais plus où je vais.
Je n'entends plus rien, une cacophonie sans nom, mais une belle cacophonie.
Des visages apparaissent, des notes, des odeurs, Adeline, la fille en rouge, mes doigts qui me font mal, la foule, le groupe, Marc, ma famille, la fac, ma guitare et moi.
Tout devient si facile, si vivant, si aérien, si … génial.
Je m'allonge pour en profiter.
Je joue, je joue, je ne veux plus m'arrêter…je veux rester là pour toujours…
Mais il faut bien une fin, toute chanson en a une.
Les dernières paroles retentissent, je retourne à la réalité.
Je me remets rapidement sur mes jambes, je rejoins Marc et le guitariste du groupe inconnu et tous ensemble nous terminons la chanson.
Fatigué, mais heureux, nous acceptons avec plaisir les applaudissements.
Le chanteur s'approche de moi :
« Bien joué, c'était du beau travail. Maintenant on va pouvoir finir sans vous. »
Nous nous regardons un moment Marc et moi, puis nous laissons au groupe les instruments que nous avions empruntés.
Avant de quitter la scène, le chanteur me lance :
« Moi c'est David, on se reverra… »
Nous sortons, les regards de l'assistance sont pleins d'admirations. J'avais bien besoin de ça ce soir.
Merci Marc, merci à vous tous. Grâce à vous j'ai oublier la raison de ma venue pendant quelques heures...
Mais telle la marée, elle revient dans mon cœur et dans ma tête, Adeline est toujours là.
Die Useful - Chapitre 22 - Copyright ALBERGE Romain 2007-2008

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