Chapitre 24 : Apparition ferroviaire
30 septembre 2008Découvrez Guns N' Roses!
« When I look into your eyes… »
Les arbres défilent à 130 km/h.
Le brouillard épais cache une grande partie des plaines et forêt devant lesquelles nous passons.
Je m'attarde quelques instants sur la faible lumière qui se devine à l'horizon. Sans doute une voiture empêtrée dans cette purée de pois.
Je prends une grande respiration et je ferme mes yeux. La fille que j'ai vu une semaine plus tôt en rêve me trotte encore dans la tête. Des cheveux longs, noirs et fins, un visage angélique, un corps magnifique…j'ai vraiment du rêver.
Je rouvre les yeux et me tourne. Au loin, à travers les fines gouttelettes d'eau, j'aperçois le soleil. Il tente désespérément de percer et de réchauffer un peu le métal froid et humide du train.
Filant à grande vitesse mon esprit est accaparé par la chanson. Les idées se bousculent dans ma tête, telles des billes prisonnières de leur sac. Il y'a une semaine, j'ai débuté l'écriture d'une chanson pour Adeline. Mon amour pour elle, si grand soit-il devenu, occupe une grande place dans mon esprit, peut-être trop.
Il ne se passe pas une journée sans qu'elle ne me jette au visage le nouveau bonheur d'être avec quelqu'un. Comme si j'étais un vieux jouet relégué au placard et que je devais attendre qu'elle casse celui-ci.
Cette idée faisait son chemin et je sentais mon humeur plonger inexorablement dans le brouillard quand se produisit un événement que bien entendu, on ne prévoit jamais.
Un petit bruit de roulement se fait entendre dans le couloir du train. Une valise noire, apparait à ma droite, une petite valise.
Je suis du regard la main agrippant la poignée. Elle est fine et douce, du moins c'est ce que j'imagine, la valise ne semble pas se plaindre. Je parcours le bras et les épaules du regard et me fixe sur le visage de la voyageuse.
C'est elle !
La demoiselle que j'ai vu en rêve…sur la plage…c'est elle.
Je perds le fil de ma pensée. Je reste suspendu à ce visage, à cette apparition…et je ne sais pas quoi faire.
Les solos de Slash défilent dans ma tête alors que la demoiselle vient s'asseoir face à moi.
Elle me lance un sourire et s'installe. Tentant de trouver une position confortable elle frôle à plusieurs reprises mes jambes en prenant une mine désolé (et craquante) à chaque fois.
Quelques minutes plus tard. Elle sort un baladeur MP3 et visent un casque sur les oreilles. Nous sommes habillés pareil, nous mimons geste pour geste inconsciemment, j'entends Map Of Your Head dans l'oreille si délicatement dessiné de la demoiselle qui me fait face…
Le temps passe et je ne sais pas comment engager la conversation. Je sens qu'elle n'attend que ça. Ces gestes, ces regards gênés…mais ni l'un, ni l'autre n'osons faire ce premier pas, si lourd de conséquence.
Les minutes passent inexorablement et à une vitesse considérable. Le train semble rouler au ralenti et pourtant il approche de sa destination beaucoup trop vite à mon goût.
Ces jambes se croisent et se recroisent, les miennes tricotent en rythme.
Et puis, vient le moment où je me décide, où je finis par comprendre que si je ne fais rien, je perdrais cette unique occasion.
November Rain se termine à peine que j'engage la conversation.
« Excusez moi mademoiselle, vous allez bien sur Paris ? »
Surprise dans sa méditation ou tout simplement parce que j'ai osé lui adresser la parole elle se tourne vers moi.
« …oui ? »
« Je n'y suis pas allé depuis longtemps, vous pourriez peut-être me renseigner… »
« Je vous écoute. »
Nous faisons donc connaissance. J'apprends qu'elle aussi vit dans ma ville, qu'elle travaille près de chez moi, qu'elle est douce sensible, intelligente et qu'elle a de l'humour.
Et puis, le train ralenti…le contrôleur annonce le terminus imminent. Je sors mon téléphone mais la demoiselle disparait. Elle s'engouffre dans le couloir et la foule à l'extérieur du train la happe.
Elle se perd dans le brouillard et moi je la perds de vue tout simplement.
L'apparition disparait pour la deuxième fois et dans mon esprit il reste encore l'empreinte de cette vision.
En rentrant chez moi ce soir là, la chanson prend un autre tournant. Je change la fin et le titre. Adeline disparait peu à peu de mon esprit. Comme ma flamme qui brûle dans son cœur la mienne brûle semblable à une faible lueur. Elle reste toujours là, mais cette fois une autre flamme a pris plus d'ampleur...
Die Useful - Chapitre 24 - Copyright ALBERGE Romain 2007-2008

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