Heart N Wing - Journal Intime d'un groupe de Rock

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Chapitre 35 : ...and far away

28 Février 2009



Un baiser furtif et elle s'enfuit.
Nous avons tous un peu bu ce soir là et j'ai l'impression qu'elle ne me reconnait pas…
Dans quelques heures pourtant…je m'envolerai vers les Etats-Unis.

Cet instant ne représente rien pour elle alors que pour moi, il est lourd de sens.

Elle descend les escaliers quatre à quatre et disparait dans la nuit.
Entouré par une vingtaine de personnes dansant et chantant je me sens bien seul.

J'attrape le premier verre qui traine et j'en avale son contenu. Pas de chance, ce n'était que du coca. Quelqu'un que je ne connais pas me bouscule et s'effondre sur le sol en rigolant.
Je jette un coup d'œil rapide autour de moi, tout le monde est dans le même état, sauf moi.
Je suis resté sobre pour lui parler et je n'ai même pas osé.

Je compte les minutes à présent.
Elle est partie depuis plus de 5 minutes et je ne la reverrai pas. J'arpenterai seul les rues de New York. Je me blottirai seul le soir dans mes draps. J'écouterai seul le concert d'Aerosmith et de ZZ Top durant l'été…

Un autre ivrogne s'effondre, d'autres s'amusent dans les chambres et les toilettes…
J'attrape la bouteille la plus proche, je verse son contenu dans mon verre et je descends moi aussi les escaliers.
Il fait froid ce soir. Plus froid qu'il y'a quelques semaines, lorsque le groupe jouait sur scène pour la première fois. Elle n'était pas là pour me voir. J'avais fait exprès de ne rien lui dire. Je ne veux pas qu'elle sache. Elle ne doit rien savoir…pas tout de suite en tout cas.

Je lève les yeux et je fixe cette saloperie de lune. Pour l'instant, cet astre lumineux ne me fait penser qu'à elle.
Un croissant se dessine à travers les quelques nuages qui couvrent le ciel de cette belle nuit d'hiver…et quelques part, elle doit entrer chez elle et s'endormir auprès de son nouveau soleil…
Je sirote mon verre alors que j'entends des bruits de course dans l'escalier. Je me cache derrière une voiture pour ne pas être dérangé…
Je fixe la porte et je vois une silhouette féminine en sortir et je la reconnais immédiatement :

« Qu'est-ce que tu fais là ? Sophie ? »
« Aurélien ? Mais qu'est-ce que, toi, tu fais là ? »
« Pas grand-chose, je profite du calme pour réfléchir… »
« J'allais chercher mon frère, il vient de finir son boulot. »
« Et bien moi je disais au revoir. »
« A qui ? »
« Adeline… »
« Adeline ? Ton ex ? »
« Oui mais…comment tu sais ? »
« Bah tout le monde est au courant que vous étiez ensemble, qu'est-ce que tu crois… »
« … »
« T'es sur que tu lui as tout dit ? »
« Non, j'en ai bien peur. »
« Bah fonce alors ! »
« ? »
« Tu pars demain non ? Vas-y parle lui ! »

Dans ma tête c'est le tilt, l'explosion, l'euréka…
Sans dire un mot de plus je coure dans les rues à sa recherche. Je n'attendais que ça, que quelqu'un justifie ce que je voulais faire mais n'osait pas.

Elle a disparu depuis trop longtemps, il vaut mieux foncer directement chez elle…
Je descends les petites rues pavées, m'engage sur la grande place éclairée. Je gravis la pente face à l'église et je m'engouffre dans une rue étroite et obscure. Au bout de cette rue, j'évite l'impasse et tourne à droite.
Je m'arrête essoufflé et au loin, derrière les arbres, je la vois. Je n'ai que quelques minutes avant qu'elle n'arrive chez elle. Peut-être quelques secondes.

Vite, je traverse la rue sans regarder. Heureusement que la circulation à cette heure est beaucoup moins dense. Elle n'est plus très loin à présent. Je peux entendre l'écho de sa voix, elle est au téléphone…
Je continue à courir et je la vois tourner…ce n'est pas le chemin de sa maison…

Je me mets à marcher à présent, pour faire le moins de bruit possible. Je n'entends plus sa voix, elle a disparu.
Je tourne dans la rue qu'elle vient d'emprunter et je la vois…
Son copain est là et la tiens dans ses bras…ils s'embrassent à quelques mètres de moi. Comme si le destin ou cette putain de lune voulait que je sois là, à ce moment précis à cet endroit précis.

Je fais demi-tour prêt à retourner auprès des autres…
Je ne pleurerai pas, j'ai dépassé ce stade…je suis comme vidé de sentiments…je n'éprouve plus rien. Plus de picotement, plus de courant dans l'échine…rien…
Seul subsiste la désagréable impression que le monde entier vous en veut…

Je marche lentement à présent…les effets de l'alcool se dissipent et je commence à avoir froid, très froid…
Mes doigts rougissent et me font mal, mes pieds aussi. Si je ne me dépêche pas, ça risque d'être compliqué…
Je m'apprête à courir lorsque j'entends une voix derrière moi…celle d'Adeline. Je sais qu'elle m'a reconnu…elle m'appelle par mon prénom…

Mais je n'ai pas le courage, je n'ai plus envie de souffrir pour rien.
À mon tour je disparais dans la nuit dans l'espoir de ne plus jamais la revoir.
Loin, très loin au dessus de moi la lune disparait derrière les nuages.

Une voiture s’arrête, c’est Sophie : « Alors ? »
« Je crois que ce n’était plus le moment. »
« Monte ! »
La voiture file à travers les rues désertes.
« Tu pars pour combien de temps ? »
« 6 mois. »
« 6 mois ? Tu as le temps de l’oublier. »
« Elle oui, mais pas moi. »
« Non c’est impossible Aurélien. »
« Comment ça ? »
« Si j’étais elle, crois moi, j’oublierai jamais ce que tu as fait pour moi. »
« Merci de me remonter le moral, mais c’est pas moi qui suis avec elle en ce moment.
Alors ça change rien du tout.»
« Qu’est-ce que ça change ? Tu ne lui as jamais menti ? »
« Non »
« Tu as passé ces 6 derniers mois à la croiser, sans broncher, en lui laissant vivre sa vie ? »
« Oui »
« Et ben tu lui as offert la plus belle preuve d’amour. »
« J’ai du mal à saisir l’idée, mais si tu le dis. »
« Tu veux la rendre heureuse. »
« C’est bien ce que j’ai fait non ? »
« Justement, c’est ça la preuve. Même si je n’en doutais pas j’en suis sur maintenant, tu es sincère et ça ne s’oublie pas. »
« Oui, si tu le dis…regarde la route quand même. »
Nous rions, la voiture s’arrête…les autres sont là.
Avant de descendre elle me glisse à l’oreille :
« Tu es un mec génial, ne perds pas ton temps… » avant de me glisser un petit baiser sur la joue.
Il est deux heures du matin…deux heures après minuit…Two Hours After Midnight.




Die Useful - Chapitre 35 - Copyright ALBERGE Romain 2007-2009


Article ajouté le 2009-04-28 , consulté 25 fois

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