Chapitre 8 : Il faut que ça continue...
5 Mai 2008Le cortège approche, la porte du corbillard s'ouvre.
Quatre individus vêtus de noir en sortent.
Il est décoré d'une multitude de fleurs différentes qui tente de maquiller sa fonction première.
Les hommes s'avancent à l'arrière et en retirent un coffre d'acajou d'1m80.
Nous sommes là, face à elle.
Oncles, tantes, parents, amis…
Ling est venue elle aussi.
Il la soulève
Mes yeux fixent les lourdes poignets.
Deux semaines plus tôt elle me glissait à l'oreille quelques mots sur ma séparation. Nous partagions du chocolat à table pour Paques...
Aujourd'hui, je suis seul, face à elle.
Même si la foule grouille, je suis seul.
Découvrez Queen!
Le cortège rentre à présent dans l'église.
Nous le suivons, contenant difficilement notre émotion.
Tout le monde nous observe, je suis triste mais je me sens bien.
J'apprécie ce moment.
C'est horrible, mais les gens sont là pour elle et ça me rend heureux.
Ils la déposent puis s'en vont.
J'entends des mots, mais ne les comprend pas.
Seul résonne dans ma tête, quelques notes d'un morceau que j'adore : "My smile stays on"
Je lève ma tête vers le ciel.
J'imagine qu'elle m'observe...
La messe commence mais je n'y prête pas attention.
"My soul is painting like the wings of butterfly..."
Je ferme les yeux, je la vois, je la sens près de moi.
Je tends la main...
« Viens, je t'emmène. Descend ! »
Elle s'approche et tend sa main.
Elles se rapprochent.
« Vite, si on se dépêche peut-être qu'il ne se rendra compte de rien. »
"I'm never giving in!"
Trop tard, elle recule à une vitesse phénoménale comme happée par le vide.
La musique se tait.
Le silence se fait autour de moi.
L'orgue dévoile des accords mélancoliques, personne ne chante bien sur. Pas lors d'une occasion comme celle-ci.
Pourtant j'ai envie de chanter, une sensation étrange...
Une heure plus tard, devant l'église, il ne reste plus que nous, prêt à partir pour l'enterrement.
Je cours chez mes grand-parents récupérer mon manteau.
Je passe par le salon, ma grand-mère a laissé des lettres inachevés sur la table, je les parcours rapidement et puis j'approche du porte manteau.
Sur le mur des photos, la plus grosse me représente. Dans mes bras, Ling...
Nous sortons de la voiture. Nous venons de parcourir les quelques kilomètres qui nous sépare de la dernière demeure de ma grand-mère.
On nous demande d'approcher, de prononcer nos ultimes paroles.
Je n'arrive qu'à énoncer un seul mot avant d'éclater en sanglot : « Merci ! »
Ling me rejoint et la famille défile pour nous embrasser, nous adresser les condoléances d'usages.
C'est alors que je me rappelle les lettres, que disait-elle ?
Elle parlait de nous deux Ling et moi.
Et la phrase que je ne voulais pas entendre retentit au creux de mon oreille :
« Prions pour que le prochain événement heureux, ce soit vous deux... »
La cérémonie se termine, on me ramène vers ma ville, là où m'attend celle à qui appartient mon coeur. Mais je ne suis plus le même, quelque chose à changé.
"The Show must go on..."
Die Useful - Chapitre 8 - Copyright ALBERGE Romain 2007-2008

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